vendredi 6 mars 2009

L'avalée des avalés, Ducharme


Les yeux, quand ils sont ouverts, me fascinent. J'adhère de l'âme aux yeux ouverts, aux yeux ouverts des êtres humains comme aux yeux ouverts des animaux. Je regarde ses yeux. Je regarde des yeux que leur regard est tourné vers l'intérieur rend aveugles. C'est parce qu'ils n'ont pas d'yeux que les arbres ne parlent pas et ne marchent pas. C'est par les yeux seuls qu'on peut choisir qui haïr, qui aimer. C'est par les yeux qu'on pleure quand on pleure. C'est par les yeux que deux humains peuvent ne pas s'entendre, peuvent ne pas voir les choses du même œil. C'est par les yeux que l'homme a pu sortir de ses infinies profondeurs de ténèbres. Avec les yeux, l'homme a émergé à la surface de lui-même, a cru voir d'autres hommes, s'est imaginé que sa solitaire toute-puissance lui était contestée par d'autre hommes. C'est lorsque des yeux se sont ouverts que la vérité, que le mensonge, dis-je, a éclaté, que l'illusion a envahi l'homme, que les pires hallucinations se sont mises à grouiller dans sa profonde montagne de ténèbres, dans son chaud trou de dieu. C'est avec les yeux qu'il s'est mis à s'imaginer qu'il n'était plus seul, à souffrir de solitude et de peur, à pleurer. C'est par les yeux que l'oiselle comprend que l'oisillon est mort. C'est après les yeux que les jambes sont venues aux hommes. En voyant ce qu'ils ont vu quand ils se sont mis à voir, ils ont eu la frousse, ils se sont vite fait pousser des jambes (pourquoi diable ne se sont-ils pas fait des ailes?), et ils se sont mis à fuir, à courir après une autre montagne d'immobiles et sûres ténèbres, après un autre trou de dieu. C'est par les yeux que les hommes se sont aperçus que l'homme meurt. Quand l'homme vit l'homme mourir, il poussa un grand cri: c'est ainsi que lui vint la parole. Il cria si fort quand il cria que des oreilles lui sortirent de la tête. Fatigué de courir, l'homme s'asseyait (origine de la chaise). Tour en se reposant, il essayait de comprendre ce qui venait de se passer (origine de l'incompréhension). Quand un homme rencontrait un autre homme dans sa fuite, il n'avait qu'une alternative: éviter ou attaquer ce redoutable semblable soudain apparu pour lui disputer la tranquille jouissance de son sein de ténèbres. L'éviter fut appelé lâcheté. L'attaquer fut appelé amour quand l'un se soumettait à l'autre, haine quand l'un et l'autre refusaient de se soumettre.


Si les hommes perdaient la vue, on les verrait bientôt s'arrêter, se taire, se fixer dans le sol, pousser des racines et des feuilles, porter des fruits. Pendant que leurs racines pousseraient, que leurs montagnes fermeraient leur fausse porte à la fausse lumière du soleil, on verrait la marotte qu'ils serrent dans leurs mains se changer lentement en un sceptre et une couronne.

Journal de l'après-guerre.


Et puis mon univers se chamboule entièrement une fois de plus. J'ai beau m'accrocher de tout mon être à ma propre personne, et à personne d'autre, je finis vainement, et à tout coup, brisée. J'essaie de garder un équilibre, un certain contrôle sur moi même, de glisser. Mais tout ceci n'est qu'illusions. Et chaque journée se répète avec des petites variantes.

Jour un: Je suis anéantie, mais ça va aller, j'en ai vu d'autre, ça va passer.
Jour deux: On mange du chinois pour passer le temps et se changes les idées, on se brule la langue, ça va bien aller, ça va passer, j'en ai vu d'autre.
Jour trois: C'est la relâche, on vois les amies, ça va bien, ça va passer, on est un peu excitée par la vie, la vie toute nouvelle et toute libre à vivre, puis finalement la soirée passe puis la nouvelle vie n'était pas si amusant que ça.
Jour quatre: La fatigue, la déprime, je suis anéantie, mais ça va aller, j'en ai vu d'autre, ça va passer, mais j'ai déjà hâte que ce soit vraiment passé, parce qu'en passant, ça me gruge de partout.
Jour cinq: La fatigue encore plus, la déprime encore plus, je suis anéantie, j'ai des espoirs qui me font plus de mal que de bien. J'ai peur des complications, des changements de plan. J'en ai vu d'autre, mais c'est dur quand même. Parce que l'amour se compare difficilement. J'écoute mon doux Cashback qui me rend toute artiste, tout aimante, toute fragile, puis je casse à nouveau, ne sachant pas peindre, n'ayant rien à aimer, étant trop fragilisée.
Jour six: Presque une semaine aujourd'hui. C'est encore plus triste. La nuit blanche est loin derrière, et ça me fait si mal. De savoir que c'est vraiment passé. Mais que la douleur s'accroche toujours de plus en plus fort, alors que je devrais aller de mieux en mieux. Je n'ai rien à dire. J'écoute la musique. La neige fond, il pleut, c'est doux. Vivement le printemps pour me sauver la peau. Je suis anéantie, mais ça va aller, j'en ai vu d'autre, ça va passer.




Découvertes de la semaine: Le DÉLICIEUX poulet au noix de cajou du "Wok du chef "sur le plateau. Et le groupe Glass Candy qui étaient en spectacle au zoobizarre (ps: two tumbs up pour le one piece bleu métalique de la belle chanteuse)
http://www.myspace.com/glasscandy

boumboumbox: Emily Haines & the soft skeleton. Nothing & nowhere plus particulièrement.